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Tuesday 5
5.4. Fringes of the city: (In)visible spaces (Alain Malherbe and Elisabetta Rosa)

› 8:50 - 9:10 (20min)
› académie de médecine (palais)
(In)visibilités des familles roms sur le puits de la mine : vīsĭo et dīvīsĭo dans la ville de Gardanne 2012-16
Béatrice Mésini  1@  
1 : UMR TELEMME  (Temps, Espaces, Langages, Europe Méridionale Méditerranée)
Centre National de la Recherche Scientifique - CNRS, Aix Marseille Université
Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Hommes, 5 rue du Château de l'Horloge, 13094 Aix-en-Provence cedex 02 -  France

En contexte de libre circulation, installation et résidence dans l'espace européen, qui garantit aux citoyens les droits de se déplacer, de séjourner, de travailler et d'étudier, nous étudierons l'accueil de deux groupes de familles roms sur la commune de Gardanne de septembre 2012 à août 2016. Dans cette commune ouvrière de 20 000 habitants située entre Marseille et Aix-en-Provence, une mobilisation associative et citoyenne s'est engagée en septembre 2012, quand des familles chassées de Marseille et des communes avoisinantes, se installées à Gardanne dans un hangar agricole et au-dessus de l'Écomusée. La relocalisation dans deux espaces « vacants » dévoile une stratégie d'indivision des cellules familiales, victimes de déguerpissements incessants dans la cité phocéenne. La translation collective opérée de Marseille à Gardanne située à 25 kilomètres s'analyse comme une stratégie d'invisibilisation des roms, dans un contexte de survisibilité dans les arènes politiques et médiatiques. 

L'observation a été conduite en deux temps : la collecte 2012-13 des témoignages auprès des acteurs locaux par les jeunes du lycée agricole de Valabre, complétée par l'analyse longitudinale de leur retranscription, complétée par les comptes rendus mensuels du Collectif Rom et la recension de la presse locale et nationale 2013-14. Outre la familiarisation aux techniques d'enquêtes, l'accompagnement scientifique des lycéens visait à déconstruire les représentations et préjugés, en décryptant l'équivocité et l'irréductibilité des points de vue sur les populations roms dans la société française.

De prime abord, nous explorerons, la polysémie des termes de visibilité et invisibilité qui motivent l'appel à propositions, en considérant leurs acceptions latines. C'est sous l'angle de la vīsĭo et dīvīsĭo que nous relirons cette expérience d'hospitalité envers 78 enfants et adultes, inscrite par les acteurs sociaux et politiques dans une tradition mémorielle d'accueil et d'intégration des immigrés dans la ville. Collectivement installées sur un ancien puits de mine désaffecté depuis dix ans aux confins de la ville, les familles ont été rapidement exposées à travers les rumeurs et les ragots colportés dans la société locale. Ce sont les enjeux de coexistence de modes de vie traditionnels ou « spécifiques », qu'actualisent les transactions in situ dans d'accueil des familles roms. Nous examinerons les ressorts de la mobilisation interassociative et l'instrumentation politique au sein d'une société locale divisée et clivée sur les enjeux sécuritaires en contexte d'élections municipales de 2014. En contrepoint, nous détaillerons l'engagement constant des acteurs associatifs, culturels et politiques pour déminer l'adversité en visibilisant les familles dans l'espace public, en favorisant les échanges avec la population locale et en assurant leur participation à des manifestations locales et régionales (réunion et fête d'associations, écoles, cinémas...). En sous-bassement des parcours d'intégration, la culture tsigane apparaît comme un puissant media pour appréhender l‘altérité, en favorisant une connaissance perceptive et émotionnelle d'un autrui dévoilé par les us, coutumes et traditions d'un « peuple » tsigane.

Enfin, nous envisagerons la connexité spatiale, qui renvoie à la possibilité de relier des éléments d'un ensemble de lieux à même d'assurer la survie des individus entre marges urbaines. Outre les activités visibles, négociées et formalisées pour les femmes et des enfants, des activités formelles et informelles des hommes structurent un réseau socio-économique in vivo, tramé de liens entre lieux en marge dans des espaces nationaux. Pour conclure, nous considérerons le combat engagé par l'administration, le collectif associatif et les élus pour faire advenir les individus comme sujets de droits, par la recension, transposition, accession et obtention de « papiers » permettant à chacun de « s'invisibiliser » dans des communautés nationales et transnationale d'ayants-droits.


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