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Tuesday 5
4.4.b. Quality of life in the local area II (with the European Foundation for the Improvement of Living and Working Conditions) (Hans Dubois)

› 16:10 - 16:30 (20min)
› salle Marie-Thérèse (palais)
Innovation sociale et productions de mesures de Bien-être : Quels enjeux pour la société civile ? Réflexions autour de l'exemple des centres sociaux
Juliette Michel  1, *@  
1 : Espaces et Sociétés  (ESO)  -  Website
Université d'Angers, Centre National de la Recherche Scientifique : UMR6590
Maison de la Recherche en Sciences Sociales. Place du Recteur Henri Le Moal. 35043 RENNES CEDEX -  France
* : Corresponding author

Le concept « d'innovation sociale » est largement usité par un grand nombre d'institutions et de professionnels pour qualifier des pratiques sociales nouvelles, en réponse à des problèmes récurrents dans l'organisation de la société. Si ce concept attire autant l'attention aujourd'hui, c'est, entre autres, qu'il fait l'objet d'une labellisation. L'attribution d'un “label” innovation est le signe d'une reconnaissance de la légitimité d'une action, en permettant de la distinguer des autres, mais également de rentrer dans des grilles budgétaires et/ou de financements.

Comme de nombreux termes génériques, l'innovation sociale” est un mot-valise, utilisé par tous sans pour autant qu'il existe un consensus sur sa définition. C'est pourquoi son utilisation et sa signification peuvent être interrogées. De nombreuses approches et ouvrages et/ou articles de nature scientifique proposent une définition à cette notion. Une tendance générale se dégage de ces définitions, nous pouvons mettre en évidence plusieurs champs récurrents, qui semblent structurer le processus d'innovation sociale. Tous sont marqués par leur dimension relationnelle. Ces champs sont les suivants :

  • le territoire : la dimension sociale de l'innovation réside dans les relations induites par l'intensité des interactions. Celles-ci sont facilitées par la proximité géographique, organisationnelle et institutionnelle.
  • le modèle économique : l'innovation sociale mobilise des acteurs de tous types : public, privé, société civile ou juste citoyens, et tous répondent à des modèles économiques différents.
  • la gouvernance : élargie à du partenariat public-privé, mais surtout ouvertes sur des instances d'usagers, salariés et/ou citoyens dans des logiques de participation et non de simple consultation.
  • l'empowerment : dynamiques bottom up, avec à son origine des initiatives citoyennes qui tentent de résoudre un problème social.

C'est différents champs se retrouvent dans les valeurs et les modes de fonctionnement portés par les centres Sociaux et Socioculturels (CSX). D'après la définition de la fédération nationale des centres sociaux et socio-culturel, « Le Centre social et socio-culturel entend être un foyer d'initiatives porté par des habitants associés appuyés par des professionnels, capables de définir et de mettre en œuvre un projet de développement social pour l'ensemble de la population d'un territoire.” On retrouve donc bien les notions de proximité, de mixité des ressources par le travail associé entre professionnels et bénévoles et le portage citoyen. Si on ajoute à cela le fait que les gestions de CSX peuvent être associatives ou municipales, on retrouve également les considérations de gouvernance élargie. Ainsi, les actions des CSX devraient rentrer dans le champ de l'innovation sociale, encore faut-il qu'elle soit reconnue par “d'autres” comme étant effectivement “innovante”....

 

C'est entre autres pour satisfaire ce besoin qui l'Union régionale des centres sociaux des pays de la Loire à monter le projet I-CARE. Ce projet, bénéficiant du dispositif Twin Cifre, vise à mesurer l'impact des actions des CSX sur l'avancée en âge et la perte d'autonomie par une recherche doctorale en géographie et en sociologie.

 

Par nature, les Centres Sociaux et Socioculturels (CSX) accueillent tous les habitants sans distinction de sexe, d'âges ou de cultures. Néanmoins, leur histoire et implication dans le champ de l'éducation populaire les ont rendu lisibles dans les domaines d'action enfance-jeunesse-famille mais assez peu dans celui des personnes âgées. Pourtant cette place est réelle, que ce soit dans les activités ou la gouvernance. La prise en considération des demandes et initiatives de tout individu dans un contexte démographique général de vieillissement des populations met les CSX dans une position particulière vis à vis de cette question. Il s'agit de :

- reconnaître à priori, quel que soit l'état des personnes, leur capacité à agir, leurs droits à choisir, etc.

- Faire avec les personnes concernées et les considérer comme ressources et non comme charges

- Mettre en lien et agir en complémentarité et avec les partenaires locaux, associer des compétences

- Envisager le bien-être et la santé à travers le lien social et le rapport aux autres

L'initiative du projet I-CARE est née du besoin, pour la structure, d'obtenir un regard objectif et distancié sur son activité. La production d'analyse et d'outils de mesure de l'impact des centres sociaux, dans un contexte de réduction des subventions publiques, deviens nécessaire pour satisfaire les différents partenaires financiers. L'injonction au caractère « innovant » des actions pouvant être subventionnées pose de nombreux enjeux pour les centres sociaux

 

En effet une innovation sociale a besoin d'être admise comme telle pour en être vraiment et se pose alors la question de la reconnaissance et de la temporalité. Cette présentation propose une réflexion autour des enjeux identifiés autour de cette injonction à l'innovation sociale au cours du projet I-CARE, étude visant à produire une mesure sur le bien-être d'une population. On identifie les problématiques suivantes :

- la difficulté de combiner les échéances des financements et le temps de développement des initiatives : comment faire financer son action d'innovation sociale n'est plus neuve ?

- la reconnaissance de l'originalité de l'action par des acteurs d'un champ déjà établi. Comment faire dialoguer médico-social et socio-culturel, professionnel et scientifique ?

- la production de mesure d'impact : entre produire des résultats pour convaincre et une mesure objective. Doit-on traduire par une donnée quantitative des pratiques centrées sur l'expérience, et l'écoute et comment y parvenir ?

- Comment trouver une place pour l'expérimentation des projets des habitants quand les appels à projet demandent de plus en plus de professionnalisation ?

 


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